"Ce que tu gardes est perdu à jamais.  Ce que tu donnes est à toi pour toujours."
Jalâl ud Dîn Rûmi

 AccueilDocumentsA mon propos


Modèle intégral

Second Tiers-Documents

HP/Zèbres/Surdoués

Article 4 :  Exemple de grille de lecture intégrale: La recrudescence des réflexes ethno & égocentriques (nazi, gangs, «eigen volk eerst»)

 

Après avoir donc parlé des composants de l'échelle intégrale (des holons) et de leurs caractéristiques, après avoir parlé de leur conséquence dans l'échelle intégrale et sur les différents quadrants, examinons à présent quelques exemples d'application de cette grille de lecture intégrale.

Premier exemple.

Examinons dans le quadrant extérieur-collectif quelques caractéristiques de la régression – oserais-je dire de la décadence (1) – observée actuellement en Europe occidentale au travers de la grille de lecture intégrale.

J'attire aussi votre attention sur le fait que l'on parle de niveau moyen car il y a toujours des individus de niveau supérieur ou inférieur au niveau considéré (cf article en devenir sur les directions et les respirations d'expériences sur l'échelle intégrale (KW5 parle de lignes et vagues)).

L’Europe occidentale "politique" (la Communauté européenne), ou du moins une portion suffisante de sa population et une bonne partie de sa classe dirigeante, était arrivée dans les années Delors (janvier 1985- décembre 1994) à un stade de développement de société dans l’échelle intégrale au niveau 6 ou niveau vert. Ce niveau correspondait à 5% de la population mondiale et 8% du pouvoir dans les années 1990. C’était donc une société qui cherchait à s’organiser en structure en réseau, privilégiant le partage des expériences individuelles et l’appartenance à des communautés au sein d’espace géographiques communs (I.e. internationalisation de la recherche, considération pour le développement durable, émergence de besoins de consommation plus équitable ou respectueux (bio, max havelaar, ...)).

Ce niveau de société 6/vert est caractéristique de l’émergence d’une conscience géocentrique (ou planétaire si l’on veut), loin des considérations ethnocentriques par l’apparition de la prise en considération du système au delà de simplement l’autre (l’effet papillon si vous voulez). Le maître mot de telles structures est « Égalitaire » ou « Communautaire ». L’acte majeur dans un tel système est le partage d’expériences et la capacité à se rassembler pour s’entraider. Une telle société ne peut émerger que lorsque l’on a atteint, pour une portion suffisante de la population, la réalisation des besoins primaires d’existences (maison, nourriture, argent) et que l’on a réalisé que plus n’est pas nécessaire à son existence. C’est à ce niveau qu’émerge les mouvements pour l’égalité des chances, des droits, le monde de Facebook et des réseaux sociaux… C’est le dernier niveau du premier tiers de l’évolution humaine.

Hélas, l’Europe occidentale n’ayant pas achevé sa structuration en réseau, n’ayant pas encore réalisé et développé des biens communs à partager (le modèle communautaire n'est pas le modèle par défaut, l’euro n’est pas généralisé, il n’y a pas de code civil européen définissant des standards sociaux ou de droits et devoirs minimum communs), les disparités sociales de la population se sont accentués par l'incorporation massive successive en 2004 et 2007 des populations des pays de l'est sortant à peine de systèmes niveau 4/ambre. Dès lors, les appétits de niveau 5/orange de ses nouveaux dirigeants élus (par une population hélas inconsciente des choix systémiques posés) et l’arrivée massive de ces "étrangers" (mal perçus car incompris, la population de part et d'autre n’ayant pas été préparée et les formidables expériences partageables de l'est étant ignorée) a mis à mal ce niveau de société et fait régresser la majorité de ses citoyens dans une spirale descendante qui mène à la réémergence de réflexes ethnocentriques en deçà du niveau 5/orange, des réflexes menant à des extrémismes nostalgiques de toutes les formes de totalitarismes digne du niveau 4/ambre, du nazisme au communisme le plus dur, en passant par les structures mafieuses. Certains retombant plus bas encore au niveau 3/rouge ou 2/magenta. Le centre de gravité restant encore pour l'instant heureusement au niveau 4/ambre.

Les niveaux 5/orange et 4/ambre sont caractérisés par un esprit ethnocentrique ou seul la conscience de l’autre existe, sans conscience de l’effet systémique.

Le niveau 5/orange concernait 25% de la population mondiale et 50% du pouvoir dans les années 1990. A ce niveau, la réalisation individuelle est reine, le niveau de compétition est absolu et élevé en dogme. C’est une société où le monde est plein de ressources (et donc non pas de gens ou de biens) et d’opportunités pour atteindre l’autonomie et la prospérité. En ce sens, il est l’Union européenne des premiers temps où tout pouvait se construire, où la science résoudrait tout. Mais il a aussi comme corolaire le fait que le modèle d’existence est qu’il faut amasser de l’argent, gagner de l’influence, atteindre des objectifs de plus en plus difficiles à atteindre, tel un alpiniste qui repousse sans cesse les limites de ses capacités. Ce niveau est le royaume de l’ultralibéralisme, du monde du « toujours plus », des jeux d’influences et des stratégies, que ce soit au niveau local pour monter dans une quelconque hiérarchie ou au niveau global pour amasser des biens. Pour quoi faire : cela n’a aucune importance. On en a jamais assez : 5 voitures, 10 maisons, 10 amants ou maitresses ne sont pas encore suffisants. Le paraître est absolu, les bourses sont les espaces de jeux. C’est les États-Unis du XXème siècle. C’est le temps de la réalisation des individus (winners, achievers, grands managers, empires financiers) comme Steve Jobs, Bill Gates, Céline Dion, des "grandes fortunes", mais aussi des traders ou des requins de la finance. La fin justifie souvent (pour ne pas dire toujours) les moyens dans ce niveau là.

Mais la crise financière (issue de l'explosion des bulles financières créée par les appétits individualistes de ces gens de niveau 5/orange) est passée par là. La majorité du « peuple » est donc en train de retomber au niveau 4/ambre. Notez que ce niveau concernait 37% de la population mondiale et 30% du pouvoir dans les années 1990. L’idée dans ce niveau est que le système est contrôlé par un pouvoir supérieur qui condamne le mal et récompense éventuellement le travail et la vie selon les règles édictée par ses dirigeants. Il y a donc une demande d’obéissance à l’autorité supérieure où il faut mériter sa récompense et rechercher le sens de sa non-récompense. C’est le niveau des religions. C'est l'Europe de l'époque romaine avant son effondrement au niveau 2/magenta. C’est aussi l’Europe des années 1950 avec ses balbutiements du socialisme (pour mémoire : qui prône la récompense collective de la sueur mise au travail) et du libéralisme (pour mémoire : qui prône la récompense individuelle de la sueur mise au travail). C’est un système qui prône le scoutisme, la discipline militaire, le sens collectif à la roi Arthur. Ses maîtres-mots sont Loyauté et Justice... Mais justice pour les siens. Il est fondamentalement ethnocentrique et quiconque n’est pas dans la norme est proscrit ou banni. C’est l’Amérique puritaine. C’est l’Europe conformiste. Dans mon pays, c'est la Flandre nationaliste d'avant les années 1990 et la Wallonie du repli sur soi ou du rattachement à la France (et il est amusant de constater que les effondrements – lorsqu'il y en a – commencent toujours par le centre, cf Sumer ou Rome).

Mais certains retombent encore plus bas, au niveau 3/rouge. Niveau qui lui est égocentrique. Il concernait encore 20% de la population mondiale et 5% du pouvoir dans les années 1990. C’est une jungle où les plus forts survivent et les plus faibles sont là pour servir. C’est la société de l’affirmation de soi pour dominer et contrôler les autres, du chef de meute, du leader alpha. C’est la société des totalitarismes tels le nazisme, le communisme, la mafia, les gangs, mais aussi les mercenaires se vendant au plus offrant et avec leur « code de l’honneur », les rock stars avec leurs « fan clubs ». Les ennemis sont éradiqués (i.e. les nazis ont inventés à cette fin la « solution finale », les communistes la « déportation dans des goulags », les mafia et gangs les règlements de compte). C’est le système féodal et la vision du monde d'enfants de 2 ans qui font une crise de rage. L’autre n’est finalement qu’une extension de soi et les différences sont chassées et éliminées. Dans mon pays, c'est aussi une partie de la Flandre nationaliste après les années 1990.

Pour mémoire, ce système peut, s’il n’est pas contrecarré, ramener au niveau 2/magenta des liens de clans et des croyances dans des esprits mystérieux qu’il faut apaiser, notamment par des sacrifices. Pour mémoire encore, les clubs de supporter sportifs, les « cop », sont les versions encadrées exprimant les caractéristiques intermédiaires entre le niveau 2/magenta et le niveau 3/rouge.

Nous voyons donc ici tout le mouvement descendant de la spirale dynamique des sociétés ou civilisations.

N’oublions donc pas les caractéristiques de transcendance et d’inclusion (cf l’article 1 sur les caractéristiques des holons) permettant l’émergence d’un état d’organisation supérieure afin de remonter cette pente.

 


(1) Le terme décadence vient du latin cadere (choir) et est doublet savant de « déchéance ». Au mot décadence se substitue parfois celui de déclin, qui s'en distingue par le fait qu'un déclin est parfois temporaire. Dans la pratique, le phénomène procède de la généralisation de la perception individuelle chagrinant la perte du « bon vieux temps », où des aînés se plaignent que les choses ne sont plus comme avant, et la vie ne continue pas moins à s'écouler. Cette perception comporte des périodes civilisées alternant avec d'autres qui le sont moins.

© Michel De Meerleer. Cr Date : 23/06/2010, Last Update : 29/04/2011