"Ce que tu gardes est perdu à jamais.  Ce que tu donnes est à toi pour toujours."
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Article 5 :  Exemple de lecture intégrale dans le quadrant II et IE : La confusion religion-spiritualité ou confusion pré-trans.

 

Prenons à présent un exemple de difficultés de lecture dans les quadrants Individuel-Intérieur et Individuel-Extérieur, la confusion que l’on peut avoir entre les stades de développement de l’homme autour d’un exemple concret de la différence entre religion et spiritualité.

Je vous préviens, c’est une des notions les plus difficiles à comprendre dans ce modèle. J’espère être clair et didactique et ne pas trop vous prendre la tête.

Dans ces quadrants, on peut concevoir essentiellement 3 grandes lignes (ou arcs) de développements humains :

  1. Pré-personnel → personnel → trans-personnel

  2. Pré-rationnel → rationnel → transrationnel

  3. Subconscient → conscient → super-conscient

Encore une fois, ces lignes sont composées de stades (ou holons) et chacun de ces stades de développement transcendent et incluent les stades qui précèdent. A mesure que chaque nouveau stade se développe, il enveloppe ce qui l’a construit. L’effet cumulatif étant intégrateur.

Et pour clarifier ce qui va suivre, ces lignes peuvent être divisées globalement en 3 grands temps (ensembles de stades) :

A. Un grand ensemble que l’on peut appeler « pré-personnel, pré-rationnel ou enfantin ». Dans ce premier ensemble, la réalité ultime est effectivement représentée par une forme ou une autre de patriarche, vivant dans le ciel, qui aurait des cheveux blancs et une barbe grise. C’est l’homme qui vit dans les mythes, dans les croyances (au sens imposées et magiques du terme). On parle des holons du niveau 1/infrarouge jusqu’au milieu du niveau 4/ambre.

B. Un grand ensemble que l’on peut appeler « personnel, rationnel et autonome ». Dans ce second ensemble, la réalité ultime est la réalisation individuelle et il n’existe rien de transcendant. Pour résumer, c’est un stade non « religieux », voir même « antireligieux ». On parle des holons de la fin du niveau 4/ambre jusqu’au milieu du niveau 6/vert.

Et puis, lorsque les choses religieuses et spirituelles donnaient toutes les apparences de ne plus appartenir qu’au passé – n’être qu’une relique – apparaît, bâti sur les progrès de la conscience, une ouverture qui transcende et inclus cette rationalité en cercles ondulatoires de plus en plus larges caractérisés par l’attention et la compassion. Apparaît donc :

C. Un grand ensemble que l’on peut appeler « trans-personnel, post-conventionnel ou post-autonome » qui est conscient de l’égo en tant que tel. Dans ce troisième ensemble, la réalité ultime est représentée par une sorte de lieu, terrain non-duel, une tellité(1), une « ainsité », fondement de l’être humain, un état de présence intemporel où il y a la conscience de l’unité, universelle. C’est un chemin de recherche et de contact direct avec cette forme de divinité ou réalité ultime. Il est caractérisé par la méditation, l’intériorisation des textes et des pratiques qui mènent à cet état modifié de conscience. C’est la fin du niveau 6/vert et le grand saut « quantique » dans le second tiers de l’échelle.

A chaque stade, des expériences individuelles extrêmes, des expériences d’états altérés ou méditatifs, amenant la personne dans l’un des stades suivant, sont possibles. Ils forment un peu comme une respiration ou des vagues qui recouvrent petit à petit la plage à marée montante (voir mon article 2 à ce sujet).

Mais bien entendu, la plupart des personnes vivent les états qui sont disponibles selon leurs stades.

(Petit aparté pour ceux qui connaissent les différents niveaux de lecture de textes, les lectures a) littérales (ou historiques), b) allégoriques, c) morales (ou tropologiques) et d) anagogiques (ou mystiques) (2).

Redonnés sous un vocable contemporain, cela donne a) l’état grossier : l’homme a sensation de ne faire qu’un tout avec la nature, b) l’état subtil : l’homme rêve d’un grand nuage d’amour lumineux et rayonnant appelant à s’unifier à lui, c) l’état causal : l’homme rêve d’un espace vide et sans forme et d) l’état non-duel : état de flux ou de fluidité où chacun à la sensation de faire un avec tout ce qui arrive indépendamment de l’état.

Dans le 1er des 3 grandes grands ensembles de holons, l’état prédominant sera l’état grossier des choses. S’il est un peu plus avancé, il pourra, outre l’état grossier, percevoir l’état subtil des choses.  Dans le 2nd grand ensemble, l’état causal pourra faire son apparition.  Et c’est dans le 3ème grand ensemble que l’état non-duel apparaît de manière évidente.

La religion est ce que l’on retrouve donc dans le 1er des 3 grandes grands ensembles.  La religiosité ou spiritualité, elle, se retrouve dans toutes les lignes, à tous les stades décrits ici.)


(2) Tel que défini par les « Pères de l’Église » St Jérôme, St Ambroise, St Augustin et St Grégoire.

 

Une fois ces notions bien comprises, il est plus facilement remarquable d’entendre les discours qui semblent faire la confusion entre la démarche qui transcende et inclus, avec une démarche qui sépare et oppose.

Cette confusion provient d’une véritable et fallacieuse confusion entre la religiosité pré-personnelle et la spiritualité trans-personnelle et que le modèle intégral qualifie, étant donné les définitions qui précèdent, de confusion « pré-trans ». C'est dû au fait d'être obligé d'utiliser des termes pré-personnels pour décrire des expériences trans-personnelles.

Comme je vous l’ai évoqué en les définissants, les stades de développement de l’être humain que l’on peut qualifier de pré-personnels possèdent de très nombreuses caractéristiques qui ressemblent aux caractéristiques des stades de développement trans-personnels. Il est donc facile de les confondre lorsque l’on les regarde de manière superficielle, surtout si on est obligé d'utiliser des termes de l'un pour décrire l'expérience de l'autre.

Dans cet état de confusion, il est courant de rencontrer un des deux raisonnements suivants :

  • Soit les personnes réduisent toute réalité transrationnelle en un charabia pré-rationnel, que certains définissent donc sous le vocable « religieux ». C’est ce que l’on peut qualifier de réductionnisme ou mysticisme. Un bon exemple de ce chemin de réduction, d’autarcie, se trouve dans des textes comme « l’illusion du future » de Freud. Mais je peux citer aussi dans ce cadre Karl Marx ou Ludwig Feuerbach. Dans ce chemin, la rationalité est le but et le point Omega du développement de l’homme et de la société. Rien au-delà n’existe. Les états de « super-consciences » sont ramenés aux états de « subconsciences ». On est ainsi ramené par cette voie au sectarisme, voir à l’occultisme.

  • Soit les personnes élèvent les images et mythes de l’enfance jusqu’à une gloire transrationnelle. C’est ce que l’on peut qualifier d’élévationisme. Un bon exemple de ce chemin se trouve dans les textes de Jung. Mais je peux également citer dans ce contexte sans hésitation la philosophie New-Age. Par exemple, le narcissisme enfantin est perçu comme un état endormi d’une sorte d’union mystique (mystico unio). Dans cette union mystique, tout ce qui est rationnel est erroné ou mauvais, tout ce qui est non-rationnel est obligatoirement spirituel. Dans cet « élévationisme », c’est cette union mystique qui est perçue comme le but, le point Oméga ultime du développement de l’homme et de la société. L’égoïsme et l’individualisme étant alors perçus comme le péché, la cause de tous nos maux et ce qui nous empêche de nous relier à ce qui nous relie, nous transcende, nous dépasse.

Ces deux travers mènent l’un comme l’autre à des séparations, des divisions et un marécage spirituel. Marécage dont se repaissent les sectes et groupements de tous poils qui fleurissent en ces temps.

Il est donc important de savoir les reconnaître dès que possible.

Pour éclairer mon propos, prenons quelques éléments dans le domaine « religieux » et détaillons quelques caractéristiques qui les différencient dans les différents stades.

Par exemple, dans ces grands ensembles, quelle perception l’Homme a-t-il d’une figure comme Jésus (je pourrais utiliser Mahomet ou Bouddha, mais étant issu du monde chrétien, j'utiliserai dans mon exemple celui là) ?

Pré : Jésus est un être qui sait marcher sur l’eau, ressusciter les morts, transformer l’eau en vin, multiplier les pains et les poissons, …. Plus raffiné, Jésus sera un donneur éternel de lois, celui qui apporte une rédemption totale à condition de croire aux mythes, aux dogmes et se tenir à ses engagements. Une personne à ce stade sait qu’elle a vécu personnellement et véritablement la présence du Christ (ou Mahomet, ou Bouddha, …). Rien de ce que l’on pourra lui dire l’ébranlera. Le salut sera réservé à ceux qui acceptent Jésus comme leur sauveur personnel, les autres étant tous expédiés à la damnation éternelle dans les flammes de l’enfer par un Dieu tout amour et tout pardon.

Rationnel : Jésus sera un humaniste universel et en même temps divin, enseignant la moralité et l’amour du monde. Il pourra être celui qui apporte le salut, peut être au paradis, mais certainement dans ce monde. Plus raffiné, il sera un enseignant spirituel parmi d’autres, chacun suivant sa voie selon sa culture et son contexte.

Trans : Jésus sera perçu comme une manifestation de conscience christique à laquelle tout le monde peut accéder, conscience transformative qui révèle chaque personne comme faisant partie intégrante d’un système plus vaste, fluide et interpénétré. Plus raffiné, on percevra Jésus comme une conscience christique symbolisant le soi transcendantal, infini, le soi sans soi qui est la conscience divine qui était l’homme et qui est en nous tous, faite de lumière, d’amour et de vie ressuscité du temps par la mort de l’égo. Il révèle une destinée au-delà de la mort, de la souffrance, de l’espace et du temps. Il est ici et maintenant, hors du temps, des larmes et de la terreur.

Prenons un autre exemple: Parlons des élites.

Pré : L’élite est une caste de personnes formée pour être seule à diriger parce que détenant la vérité. Ils se partagent entre eux le pouvoir et cooptent ceux qui peuvent entrer dans le cercle du pouvoir. Une telle forme a existé et existe encore dans les structures religieuses et les structures sectaires.

Rationnel : L’élite est un ensemble de personnes élues qui ont été choisies démocratiquement pour remplir obligatoirement temporairement une fonction demandée, quelque soit le niveau de pouvoir ou la fonction doit être remplie. C’est le cas de toutes les démocraties pour ce que j’en connais.

Trans : L’élite est un ensemble de maîtres démontrant leurs compétences et leur maîtrise. Ils choisissent d’occuper temporairement ou non une fonction parce que cela est naturel et juste pour le système… car tous reconnaissent leurs mérites personnels. C’est ce que certains appellent, lorsque ce terme est bien compris en ce sens, l’aristocratie ou l’élitisme de l’être.

Un dernier exemple : Parlons de la vision que l’on peut avoir "des moyens de libération de la part de l’âme destinée à se relier à l’Esprit, à cette réalité ultime ».

Pré : Le salut est au paradis. Le paradis est dans l’au-delà. La réalité ultime étant représentée par une forme ou une autre de patriarche, vivant dans le ciel, les moyens de se libérer pour se relier à lui sont de l’ordre de la renonciation au corps, aux émotions et plus généralement aux choses matérielles. C’est par l’ascèse que l’on obtient son ticket d’entrée dans l’au-delà, mais uniquement après être mort. La vie sur terre n’est que labeur, expiation d’une faute originelle quelconque qui nous a séparés de cette réalité ultime pour expier dans ce purgatoire qu’est la terre.

Rationnel : La réalité ultime étant la réalisation individuelle, il n’existe rien de transcendant. Le salut est dans le monde et son amélioration, sa perfectibilité. Nous naissons et mourrons. Entre les 2, nous contribuons à l’amélioration des conditions de vie de nos semblables. La part d’éternité est la mémoire (statue, nom dans le dictionnaire, …) que l’on laisse à nos semblables de ce que l’on a fait ou réalisé.

Trans : Le salut est en nous, dans l’éternité du ici et maintenant. Il se montre au monde par ce que l’on rayonne lorsque l’on a pu libérer ses parts d’ombre. Comme dit plus tôt, la réalité ultime étant représentée par une sorte de lieu, terrain non-duel, tellité, « ainsité », fondement de l’être humain, un état de présence intemporel où il y a la conscience de l’unité, universelle. Il y a donc un salut mais qui se vit au quotidien. C’est un chemin de recherche et de contact direct avec cette forme de divinité ou réalité ultime caractérisé par la méditation, l’intériorisation de textes et de pratiques qui mènent à cet état modifié de conscience que l’on cherche à rendre permanent.

 


(1) Terme utilisé par Anagarita Prajnananda dans le « Soutra du cœur de la Grande perfection de la Connaissance transcendante » et repris par Ken Wilber.

© Michel De Meerleer. Cr Date : 8/10/2010, Last Update : 29/04/2011